Vous ne voyez pas l’intérêt d’une correction professionnelle ?

Voici un texte dont le seul intérêt est d’avoir été « caviardé » d’erreurs plus ou moins grossières (on ne s’attardera donc pas sur sa médiocrité stylistique).
Vous pouvez, au choix :
- vous essayer à sa révision en notant, par exemple, le nombre d’erreurs que vous relevez ;
- le copier dans votre logiciel de traitement de texte pour observer le comportement du correcteur orthographique ;
- mettre votre voisine championne d’orthographe au défi en lui en confiant la correction ;
- ou simplement prendre connaissance du corrigé proposé.

Texte d’exercice à corriger
Mardi 28 Janvier 2015, 22h45. Après avoir englouti une part de tarte tatin nappée de crème, Ève s’était lamentablement endormie devant une énième rediffusion de Fenêtres sur Cour, sans doute la 40ème depuis sa sortie en 1957. Ce début de semaine avait été assez fatiguant. Elle était à présent parfaitement réveillée et repoussa la pile de couvre‑lit en suffocant à cause de la chaleur du soir. Eve avait rendez‑vous avec madame Nurux, une femme de 45 ans , entrepreneure spécialisée dans la vente de téléscopes et qui arrivait tout juste de la petite ville Québécoise de Saint Malo. Elle alluma la radio où passait un vieux tube de Jimmy Hendricks et alla se préparer. Elle choisit une mini‑jupe bleue marine et des collants turquoises, mit un peu de rouge à lèvre et de l’ombre à paupière bleu vert et prit ses clefs de voiture. Elle ne voulait à aucun prit manquer ce moment clé et sauta dans le premier tram de la matinée. |
Le correcteur automatique d’orthographe de votre logiciel, selon la façon dont il est paramétré, met en évidence un nombre variable d’éléments qui lui semblent douteux ou fautifs.
De mon côté, le vérificateur automatique de mon logiciel souligne seulement trois éléments : « Janvier », « Nurux » et « téléscopes ».
Pour l’exercice, les espaces insécables (des caractères spéciaux invisibles aux yeux du lecteur et liant deux éléments entre eux, empêchant ainsi toute coupure du texte à cet endroit) seront ici représentées par le symbole degré : « ° ».
Voici à présent une liste des corrections qu’aurait apportées tout correcteur humain professionnel vigilant, rigoureux et éclairé…
• Mardi 28 Janvier 2015
→ Baisser la majuscule : « janvier ».
→ Insérer une espace insécable : « 28°janvier ».
→ Cette date n’existe pas, le 28 janvier 2015 tombe un mercredi. Proposer à l’auteur, par un commentaire à la marge, de modifier la date en « Mardi 27 janvier 2015 » ou en « Mercredi 28 janvier 2015 » pour correspondre au calendrier réel.
• 22h45
Insérer des espaces insécables : « 22°h°45 ».
• tarte tatin
On écrit bien « une tatin », sans majuscule (le nom propre est devenu nom commun), mais on écrit plutôt « une tarte Tatin », avec majuscule (sous-entendu : une tarte à la façon des demoiselles Tatin).
• Ève / Eve
Les deux graphies « Ève » ou « Eve » sont possibles, mais il faut proposer à l’auteur, par un commentaire à la marge, de choisir l’une des deux (avec ou sans majuscule accentuée), puis harmoniser le prénom dans tout le texte.
On pourra, dans un texte plus long, harmoniser selon la graphie la plus utilisée par l’auteur.
• Fenêtres sur Cour
Corriger en « Fenêtre sur cour » en italique, « fenêtre » au singulier, sans capitale à « cour ».
→ Les titres d’œuvres doivent se composer en italique.
→ Les règles concernant les capitales dans les titres d’œuvres sont nombreuses, certaines ne faisant d’ailleurs pas l’unanimité, mais on baissera ici la majuscule au mot « cour ».
→ S’il s’agit bien du célèbre film d’Alfred Hitchcock, et non d’un autre film ou d’une émission du même nom, le titre correct est « Fenêtre sur cour », au singulier.
Le correcteur, même s’il est presque certain que l’on parle bien ici du film d’Alfred Hitchcock, ne se contentera pas de simples conjectures et prendra soin d’attirer l’attention de l’auteur sur ce dernier point dans un commentaire à la marge, pour s’en assurer.
• 40ème
Dans un texte comme celui-ci, il convient plutôt d’écrire « quarantième », en toutes lettres.
Si, dans un autre contexte, on avait voulu utiliser la forme abrégée, il aurait fallu écrire « 40e », et non « 40ème » ou « 40ème », qui sont des formes fautives.
• 1957
S’il s’agit bien du célèbre film d’Alfred Hitchcock, et non d’un autre film du même nom, l’année de sortie mentionnée ici est inexacte : le film est sorti en 1954 aux États-Unis et en 1955 en France.
Il faut attirer l’attention de l’auteur sur ce point, par un commentaire à la marge, et lui faire part de ces informations afin de s’assurer de la date de sortie, française ou américaine, qu’il souhaite conserver.
• fatiguant
Corriger ainsi : « fatigant ».
Il ne faut pas confondre la forme « fatiguant » (participe présent du verbe « fatiguer ») et son homonyme « fatigant », adjectif verbal dont le féminin est « fatigante ».
• couvre-lit
Corriger en « couvre-lits », au pluriel (puisqu’une pile suppose plus de un couvre-lit).
Attention, de manière générale, au pluriel des noms composés, qui est une source fréquente d’erreurs.
• suffocant
Corriger ainsi : « suffoquant ».
Il ne faut pas confondre la forme « suffocant » (adjectif verbal dont le féminin est « suffocante ») avec son homonyme « suffoquant », participe présent du verbe « suffoquer ».
• madame Nurux
Corriger en « Mme Nurux », en abrégé.
On utilise presque toujours la forme en abrégé (dite « au court ») quand on parle d’une personne précisément nommée, comme c’est le cas ici.
Lorsqu’on s’adresse directement à cette personne (par exemple dans un courrier ou dans un dialogue), on utilise la forme en toutes lettres (dite « au long »).
À noter que la forme « Mme » est également acceptée, même si on lui préfère la forme « Mme ».
On ne manquera pas, également, d’insérer une espace insécable entre le titre de civilité en abrégé et le nom propre : « Mme°Nurux ».
Dans le cas d’un texte plus long où le personnage est présent plus de une fois, on prendra soin de vérifier la graphie à chaque occurrence.
• 45 ans
Corriger en « quarante-cinq ans », en toutes lettres.
Sauf exception, les âges et les durées s’écrivent en général plutôt « au long », c’est-à-dire en toutes lettres.
Dans le cas exceptionnel d’un âge écrit en chiffres arabes, on n’oubliera pas d’insérer une espace insécable ainsi : « 45°ans ».
• quarante-cinq ans , entrepreneure
Supprimer l’espace avant la virgule : « quarante-cinq ans, entrepreneure ».
Lorsqu’elle est utilisée comme signe de ponctuation, la virgule est toujours collée au mot qui la précède et suivie d’une espace normale (espace sécable).
• entrepreneure
Corriger en « entrepreneuse », qui est la forme féminine d’« entrepreneur » (attestée par les deux grands dictionnaires de référence que sont le Larousse et le Robert).
Les formes féminines de certains mots ne sont pas toujours aussi tranchées et font parfois débat.
Le correcteur devra alors se conformer aux règles classiques qui régissent la formation du féminin des noms, tout en suivant bien sûr l’usage, et sans se dispenser de consulter ses dictionnaires ainsi que les recommandations de l’Académie française (qui s’est prononcée en 2019 en faveur d’une ouverture à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades).
• téléscopes
Corriger en « télescopes », sans accent aigu sur le deuxième « e », qui est l’orthographe correcte.
• Québécoise
Corriger en « québécoise », sans majuscule.
Il ne faut pas confondre ici le gentilé « un Québécois, une Québécoise », qui doit s’écrire avec une capitale initiale, avec l’adjectif « québécois, québécoise », qui doit s’écrire en bas de casse.
• Saint Malo
Corriger en « Saint-Malo », avec un trait d’union.
Les noms composés français ou francisés de villes ou de villages sont en général liés par des traits d’union (sauf lorsqu’ils comprennent un article initial, par exemple « La Rochelle »).
On notera également que, en français, les abréviations « St » et « Ste » s’utilisent seulement dans des cas extrêmes et très particuliers, et jamais pour désigner la personne canonisée.
Le correcteur éclairé prendra par ailleurs soin d’aller consulter des sources fiables pour vérifier l’existence de cette municipalité, dont le toponyme familier résonne comme celui d’un célèbre port breton, mais n’en est pas moins porté par d’autres localités.
• Jimmy Hendricks
Dans le cas présent (« un vieux tube »), et puisque la personne est clairement nommée, il paraît peu probable qu’il s’agisse d’un homonyme du célèbre guitariste américain, on corrigera donc ainsi : « Jimi Hendrix », après vérification du nom propre auprès d’une source fiable.
Les noms propres, qu’ils concernent des marques, des personnages fictifs, des personnalités, des toponymes ou autre, sont des sources récurrentes et inépuisables d’erreurs et nécessitent donc des vérifications systématiques et une vigilance accrue de la part du correcteur.
On ajoutera normalement une espace insécable entre le prénom et le nom de famille. Il est en effet de coutume de ne pas couper le texte entre un prénom et un nom de famille, sauf en cas de justification courte (c’est-à-dire en cas de ligne courte, dans un article de presse par exemple), une situation qui peut admettre ce type de coupure pour des facilités de composition.
• mini-jupe
Corriger en « minijupe », sans trait d’union.
Le correcteur, toujours éclairé, prendra garde aux différentes graphies de certains noms composés selon l’orthographe adoptée (orthographe traditionnelle ou orthographe rectifiée) et le dictionnaire consulté.
Si les deux grands dictionnaires de référence, le Robert et le Larousse, s’accordent ici sur la graphie de « minijupe », les choses peuvent parfois être plus compliquées, en particulier quand deux orthographes (l’une traditionnelle, l’autre rectifiée) sont possibles.
Le Robert donne indistinctement les deux graphies, entérinant ainsi d’office la réforme de 1990, et donc l’orthographe rectifiée, quand le Larousse, qui suit plus volontiers l’usage, propose (en général) en première occurrence la graphie traditionnelle, nous précisant entre parenthèses la graphie rectifiée par la réforme de l’orthographe.
• une minijupe bleue marine
Corriger en « bleu marine », sans accorder avec le féminin.
On n’accorde pas les adjectifs de couleur lorsqu’ils sont nuancés par un autre mot (vert pâle, blanc cassé, rouge clair…). On écrit donc « une minijupe bleue » (accord en genre et en nombre), mais « une minijupe bleu marine » (invariable).
• des collants turquoises
Corriger en « des collants turquoise », invariable.
La plupart des couleurs qui sont issues d’un nom commun ne s’accordent ni en genre ni en nombre. Il s’agit principalement des couleurs provenant de végétaux (orange, fuchsia, acajou…), d’animaux (chamois, taupe, saumon…) et de minéraux (brique, ocre, turquoise…).
• rouge à lèvre
Corriger en « rouge à lèvres », au pluriel.
Avec ce type de construction, c’est en général le sens qui l’emporte (ici, du rouge pour les lèvres), mais il n’est pas inutile de consulter un dictionnaire.
• ombre à paupière
Corriger en « ombre à paupières », au pluriel (de l’ombre pour les paupières).
• bleu vert
Corriger en « bleu-vert », avec un trait d’union.
Lorsque deux « vrais » adjectifs de couleur (jaune, vert, bleu, rouge, noir…) sont assemblés et créent une nouvelle couleur, il faut les unir par un trait d’union, et l’adjectif ainsi formé reste invariable.
• clefs de voiture / moment clé
Les deux graphies sont correctes, mais il convient d’harmoniser les orthographes (« clef » ou « clé ») selon celle que l’on souhaite retenir.
À noter que la graphie « clé » tend de plus en plus à remplacer « clef » dans l’usage contemporain.
On choisira donc peut-être plutôt d’harmoniser selon cette graphie et on écrira « clés de voiture » et « moment clé », même si l’autre choix (l’unification avec la graphie « clef ») reste possible.
On notera également que ces constructions en apposition peuvent s’employer indifféremment avec ou sans trait d’union (compétence-clé, projet-phare, roman-fleuve), mais qu’il convient évidemment de les harmoniser.
• prit
Corriger en « prix », ne pas confondre avec l’homonyme « prit », forme conjuguée du verbe « prendre ».
• le premier tram de la matinée
Le correcteur doit rester vigilant à la chronologie du récit. Les éléments du début du texte (« 22 h 45 » et « chaleur du soir ») nous indiquent que l’action se déroule le soir, avant minuit. Le personnage ne peut donc pas prendre « le premier tram de la matinée ».
Il faut soumettre ce problème à l’auteur, par un commentaire à la marge, pour qu’il y remédie de la façon qui lui convient. On pourra éventuellement lui faire la suggestion de remplacer par « le dernier tram de la soirée ».

Texte d’exercice avec corrections intégrées
(en partant du principe que l’auteur a répondu favorablement aux suggestions et aux commentaires)
Mercredi 28 janvier 2015, 22 h 45. Après avoir englouti une part de tarte Tatin nappée de crème, Ève s’était lamentablement endormie devant une énième rediffusion de Fenêtre sur cour, sans doute la quarantième depuis sa sortie en 1954. Ce début de semaine avait été assez fatigant. Elle était à présent parfaitement réveillée et repoussa la pile de couvre‑lits en suffoquant à cause de la chaleur du soir. Ève avait rendez-vous avec Mme Nurux, une femme de quarante‑cinq ans, entrepreneuse spécialisée dans la vente de télescopes et qui arrivait tout juste de la petite ville québécoise de Saint‑Malo. Elle alluma la radio où passait un vieux tube de Jimi Hendrix et alla se préparer. Elle choisit une minijupe bleu marine et des collants turquoise, mit un peu de rouge à lèvres et de l’ombre à paupières bleu‑vert et prit ses clés de voiture. Elle ne voulait à aucun prix manquer ce moment clé et sauta dans le dernier tram de la soirée. |
Si cet exercice dévoile la personnalité maniaque du correcteur, il vous aura peut-être éclairé sur le métier, voire convaincu de la pertinence et de l’utilité d’une correction professionnelle.
On voit bien qu’une quantité importante de fautes, qu’elles soient grammaticales ou orthographiques, passe facilement sous le radar du correcteur automatique. Même les intelligences artificielles et les logiciels de correction professionnels les plus performants (tels Antidote ou ProLexis) ne peuvent pas aujourd’hui rivaliser avec un correcteur humain, principalement parce que ces machines ne sont pas capables d’analyser le sens du texte, mais aussi parce qu’elles ne peuvent pas identifier et rapporter un problème à l’auteur par le biais d’un commentaire.
N’oublions pas, au passage, que le langage est une capacité typiquement humaine et que ces outils sont pour l’instant bien loin d’en manier toutes les subtilités.
On note que certaines fautes passent aussi sous le radar de notre voisine, pourtant championne d’orthographe. Elle manie très bien la langue française et ses difficultés et détecte beaucoup d’erreurs, mais elle n’a pas été formée à effectuer une correction aussi approfondie, qui demande une concentration particulière et nécessite plusieurs niveaux de lecture simultanés. Il est donc normal qu’elle ne soit pas aussi performante qu’une personne dont c’est le métier (précisons au passage que les correcteurs les plus chevronnés ne sont pas non plus à l’abri d’un oubli…).
On remarque également que certains points, que nous n’avons pas pu faire tous figurer ici et qui ne relèvent pourtant ni de la grammaire ni de l’orthographe (titres d’œuvres, événements, dates, noms propres…), méritent tout de même un contrôle scrupuleux et systématique pour garantir un minimum de sérieux et de crédibilité.
Pour conclure, on gardera à l’esprit qu’il n’existe jamais une seule correction possible, et qu’il est par conséquent naturel que plusieurs correcteurs puissent proposer des corrections différentes pour un même texte.
Le langage est d’abord oral et il est donc mouvant, vivant et ne cesse d’évoluer. On ne corrige pas aujourd’hui un texte de la même façon qu’hier. Certaines constructions ou certains mots sont admis par l’usage, alors qu’ils étaient auparavant considérés comme fautifs.
Concernant certaines difficultés du français, les avis des grammairiens divergent, et on voit bien que même les dictionnaires ne sont pas toujours d’accord entre eux. Certains mots s’écrivent de plusieurs manières, et typographie et ponctuation ne sont pas des sciences exactes.
Au milieu de tout cela, le correcteur, vigilant, éclairé et rigoureux, tâchera de rester adaptable, diplomate et souple d’esprit…
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